Le projet de la maison de quartier de Chailly à Lausanne est exemplaire à plus d’un titre: premièrement, il s’agit d’un projet qui s’appuie sur les contributions des habitants, et ceci d’un bout à l’autre du projet. Ensuite, le projet de construction limite au maximum les impacts sur l’environnement. Mais surtout, la maison de quartier est un véritable lieu de vie pour le quartier de Chailly, gérée par les habitants et les associations, et au service de la vie du quartier.
Contexte
Le quartier de Chailly, situé au nord-est de Lausanne, compte environ 8’500 habitants. Il est caractérisé par une forte diversité, tant sur le plan de la population, des types de logements, des revenus ou des activités. On observe notamment dans certains secteurs une plus forte proportion d’aînés et de jeunes. Le centre du quartier est essentiellement composé de grands immeubles locatifs, alors que la partie nord accueille de nombreuses villas.
La vie associative est dynamique. Celle-ci repose notamment sur trois associations particulièrement actives: la société de développement, l’association des commerçants ainsi que l’association du centre de rencontre et d’animation de Chailly (CRAC). On peut également mentionner les association suivantes, très impliquées dans le projet: la halte-jeu "Les Criquets" qui est un espace d’accueil pour la petite enfance géré par des parents bénévoles, le collectif des parents, la société de gym. Le journal local "Le Chailléran" témoigne aussi de cette vie de quartier.
Avant le projet, le quartier manque cependant de locaux collectifs et d’infrastructures sportives, de loisirs et de rencontre : le CRAC dispose d’un petit centre de loisir, et met à disposition une salle commune pour diverses activités à l’attention des enfants, adolescents, familles et aînés. Mais l’exiguïté limite les possibilités. La Brasserie de Chailly, propriété de la caisse de pension Migros, met à disposition une salle de quartier de 100 places au moins selon le règlement d’un plan d’extension partiel n°513 datant de 1970. Cette salle est à disposition des habitants du quartier et a été aménagée par la société de développement. Toutefois, les relations difficiles avec le gérant de la Brasserie ont rendu l’utilisation de cette salle difficile et avec le temps son usage s’est estompé.
Afin de réaliser la maison de quartier, la Ville de Lausanne met à disposition un fonds constitué de trois parcelles, situé idéalement à proximité du centre de Chailly, à la jonction entre un secteur très habité et actif, et le vallon de la Vuachère qui offre un cadre forestier avec des possibilités de promenade. Une modification du plan des zones est nécessaire, ainsi que la démolition de deux villas.
L’origine du projet
Le projet de maison de quartier ne date pas d’hier, et son aboutissement est la concrétisation de plusieurs démarches : En effet, dès la fin des années soixante, une demande de lieu de rencontre s’est fait jour.
En 1990, suite au constat par les habitants d’un manque de locaux pour des activités socio-culturelles, la Municipalité décidait de mener une étude pour réaffecter des terrains lui appartenant en zone d’utilité publique, afin de réaliser un centre de quartier et de loisirs. En 1991, un concours restreint est organisé pour la réalisation d’une étude urbanistique et architecturale. Il est remporté par les architectes Blaise Tardin & Jacqueline Pittet de Lausanne, qui devront patienter 15 ans avant de réaliser le projet. En 1995, un moratoire sur le projet est prononcé, notamment pour des raisons financières
La motion de Françoise Longchamp : Le 11 juin 2002, le Conseil communal acceptait la réponse municipale à une motion déposée par Madame Françoise Longchamp. Cette motion demandait d’étudier rapidement l’implantation de divers équipements à Chailly, dont une salle de gymnastique, un local pour le centre de loisirs, une salle de quartier, une place de jeux, un lieu de détente pour les habitants et une garderie. Celui-ci débouchera en 2005 sur un plan partiel d’affectation qui permet la réalisation de la maison de quartier.
La demande de maisons de quartier ressort de la démarche Quartiers 21, en 2004, qui visait à faire participer les habitants à l’avenir de leur quartier.
Un premier préavis sur le « Vivre ensemble », datant de 2007, avait été lancé comprenant un chapitre consacré aux Maisons de quartier, suite aux conférences de consensus pour l’Agenda 21. Mais la partie concernant justement la réalisation de maisons de quartier a été refusée par la commission du conseil communal en charge de son examen et la Municipalité a retiré ce chapitre au moment du vote du préavis. Les causes de son refus sont entre autres sa faiblesse relative aux questions de participation et de gestion des maisons de quartier.
Le concept de maison de quartier
Une maison de quartier se distingue d’un centre d’animation socio-culturel, dans la mesure où il s’agit de lieux qui se veulent véritablement accessibles à tous, et qui sont destinés aux activités des habitants et des associations locales. Une maison de quartier ne peut donc être gérée de manière centralisée par la commune, mais doit l’être au moins en partie par ses usagers. Des professionnels de l’animation sont cependant en général mis à disposition par la collectivité pour accompagner ce fonctionnement décentralisé. En effet, un juste équilibre doit être trouvé entre bénévolat et professionnalisme, afin que les acteurs civils ne s’épuisent pas en tâches administratives et de gestion courante.
Une maison de quartier vise donc à faire participer la population à sa programmation et à son fonctionnement. Des activités sont organisées par les diverses associations locales (musique, cours de langue, cours de gym, artisanat, activités culturelles, etc.), et ont pour but de renforcer la cohésion sociale, les liens intergénérationnels et interculturels. Si Lausanne possède de nombreux centres d’animation socio-culturelle au travers de la Fondation pour l’animation socio-culturelle de Lausanne (FASL), la maison de quartier de Chailly est la première véritable maison de quartier. En particulier parce que les habitants et associations ont été impliqués étroitement au projet de construction.
Le programme
La maison de quartier cherche à accueillir une grande diversité d’activités, et les locaux sont conçus pour tirer parti des activités apparentées, mais aussi pour permettre une cohabitation respectueuse. On trouve donc des locaux modulables (salles polyvalentes), destinésà accueillir une grande diversité d’activités, ainsi que des locaux plus spécialisés, par exemple la salle d’informatique, ou le local de poterie.
Le bâtiment est organisé sur trois niveaux : au rez se situe un hall-foyer, qui est le lieu d’entrée et d’accueil de la Maison. A partir de ce hall sont distribués des bureaux, une halte-jeux pour les enfants et une salle de spectacles de 200 places. La salle est équipée de gradins mobiles et d’une scène modulable, et elle fait le lien avec le sous-sol. Au sous-sol se trouvent également une salle de danse, un espace pour les adolescents et des locaux techniques. A l’étage, plusieurs salles modulables, un atelier, une bibliothèque, une salle multimédia répondent aux besoins multiples des utilisateurs. L’ensemble représente une surface utile de plancher de 2’046 m2, pour un volume de 9’357 m3.
Données techniques
Travaux: mars 2007 à octobre 2008
Surface du terrain: 3’900 m
Surface bâtie: 735 m2
Surface habitable (ou utile): 2’046 m2
Volume cube SIA 116: 9’357 m3
Volume cube SIA 416: 7’935 m3
Nombre de niveaux: 3
Nombre de places de parc: 0
Coût total de l’opération: frs 7’996’000.- (CFC 0 à 9)
Coût m3 SIA 116 : frs 620.- yc Minergie
La prise en compte des aspects environnementaux
La maison de quartier de Chailly est le premier bâtiment public Minergie de la Ville de Lausanne. Par ailleurs, diverses mesures ont été prises pour limiter au maximum les impacts sur l’environnement:
- la volumétrie compacte permet de limiter les déperditions de chaleur et d’économiser le terrain
- les matériaux ont été choisis en fonction de leur éco-bilan. En particulier, bois labellisé FSC
- l’enveloppe du bâtiment est étanche à l’air et munie d’une très bonne isolation
- aération douce et récupération de chaleur
- connexion au réseau de chauffage à distance
- des panneaux photovoltaïques ont été installés sur le toit
- la toiture végétalisée et des sols perméables permettent de gérer l’écoulement des eaux de pluie
- les plantations sont indigènes, et choisies de manière à limiter l’emploi de pesticides et d’engrais
L’organisation du projet
La particularité du projet est que les associations et habitants du quartier ont pu accompagner la réalisation, au travers de diverses structures de concertation impliquant le maître de l’ouvrage (le Service de la jeunesse et des loisirs de la Ville de Lausanne) et les architectes. Ces structures ont chacune une composition et des rôles définis.
La commission de construction
Il s’agissait l’organe décisionnel. Elle était présidée par la Cheffe du service de la jeunesse. Cette commission était chargée de la mise en oeuvre stratégique et opérationnelle du projet. Elle assurait la coordination avec les mandataires, recueillait les voeux des habitants, et rendait des comptes aux autorités municipales, en l’occurrence les trois directions suivantes: Enfance, jeunesse et éducation (M. Tosato); Travaux (M. Français); Sécurité sociale et environnement (M. Bourquin).
Composition : la Présidente, cheffe du service de la jeunesse (Mme Guidolet, puis Mme Papaux); les architectes, un représentant du services de l’architecture, ainsi que du logement; deux représentants des habitants.
La commission des utilisateurs
Cette commission, composée des futurs utilisateurs de la maison de quartier et présidée par la cheffe du service de la jeunesse et des loisirs, avait pour rôle d’accompagner le projet d’architecture, en formulant des demandes liées à la future utilisation des lieux par les habitants et les associations : types d’équipements, organisation des locaux, propositions architecturales, etc. Son rôle était également de prévoir le fonctionnement de la future maison de quartier. Cette commission avait un statut consultatif. Elle s’est réunie une dizaine de fois jusqu’au terme de la construction. Elle a débouché, au terme de la construction, sur la constitution du Conseil de maison de quartier.
Composition: Présidente (Cheffe du service de la jeunesse et des loisirs), représentant du service de l’architecture, représentants des associations locales (Halte-jeu Les Criquets, assoc. des commerçants, CRAC).
Le Forum des utilisateurs
Il s’agit d’un forum ouvert à tous les habitants, où ceux-ci ont pu exprimer leurs attentes être informés de l’avancement du projet.
Le Conseil de maison de quartier
Le premier conseil est formé notamment de représentants de la commission des utilisateurs et il rassemble les principaux acteurs sociaux du quartier. Il représente l’association "Maison de quartier de Chailly", fondée le 19 janvier 2009. Il a pour rôle de faire vivre la maison de quartier, et il est l’interlocuteur du quartier pour l’administration communale. Il est l’organe exécutif de l’association « maison de quartier de chailly ».
Mission: "Le conseil sera garant du bon fonctionnement de la maison de quartier. Il élaborera et/ou se prononcera par vote sur le développement de ses activités à travers le soutien à des projets émanant des associations et/ou des habitants. Le conseil veillera à ce que chaque projet soit conçu et évalué en fonction de critères d’utilité sociale et du degré de participation des habitants. Les centres socioculturels, les associations, les sociétés, conserveront leur autonomie d’action dans leur domaine propre et leur subventionnement lorsqu’il existe."
Il y a lieu de mentionner que lors de la première assemblée générale de l’association, le 9 septembre 2010, le Conseil de maison a vu sa composition se modifier. En effet, dorénavant, la majorité des membres sont des représentants des habitants, qui peuvent être aussi membres d’associations locales, et les associations locales ne possèdent de droit qu’à un seul siège. Par ailleurs, l’association « Maison de quartier de Chailly » a aussi institué plusieurs commissions. Le Conseil de Maison est composé entre autres d’un représentant de chaque commission. Pour accompagner le Conseil de Maison dans la mise en oeuvre d’une politique de quartier, des animateurs socioculturels (3,2 EPT) et un directeur de Maison sont mis à disposition par la FASL.
Conclusions
La maison de quartier de Chailly est un véritable lieu de vie de quartier, mis en place par et pour les habitants, et respectueux de l’environnement. Il est exemplaire du point de vue de la concertation, puisqu’il a permis une véritable prise en compte des demandes des futurs usagers, sans remettre en question le pouvoir décisionnel du maître d’ouvrage. De plus, la démarche de concertation aura véritablement redonné une place centrale aux associations locales, en redéfinissant le rôle dévolu à la FASL : cette fondation publique, qui est traditionnellement en charge de l’animation socio-culturelle à Lausanne au travers de ses différents centres d’animation (ici, le CRAC), a vu son rôle évoluer. A Chailly, afin que le CRAC ne soit pas le seul à bénéficier des ressources pour l’animation, au détriment des associations de bénévoles, la Ville a décidé de mettre des animateurs au service de la Maison de quartier elle-même, sous la direction du Conseil de maison de quartier. La maison de quartier a pu ainsi, au terme d’une phase de maturation, définir son propre mode de fonctionnement collectif, au-delà des divers intérêts des associations.
Cette étude est extraite du mémento "La gestion de projets urbains. Projets d’aménagement concertés dans des secteurs déjà bâtis : exemples en Suisse Romande. Mémento à l’usage des responsables de projet". Auteur: Jean-Philippe Dind. Télécharger le mémento complet

